Modulation de l’attention par contexte social passif

Social presence effects in the Stroop task: further evidence for an attentional view of social facilitation.

J Pers Soc Psychol . 1999;77 (5) :1011-25

Résumé

In contrast with R. B. Zajonc's (1965) classic view about social facilitation-inhibition (SFI) effects, it was found that the presence of relatively unpredictable audiences and forced social comparison with a slightly superior coactor both facilitated performance in the Stroop task while inhibiting automatic verbal processing. Not only do these findings reveal that social presence can help inhibit the emission of dominant responses, providing further support for an attentional view of SFI effects, but they also demonstrate the power of social situations over what has been thought to be invariant automatic processing. As such, they are inconsistent with the view reiterated in more than 500 articles on Stroop interference over the past 60 years and suggest that more attention should be paid to the situations in which cognition takes place.

Hypothèses

Contrairement à la théorie classique (qui dit que la présence des autres augmente l'anxiété et pousse aux réponses automatiques), la présence sociale aide en réalité à focaliser son attention et à mieux inhiber les distractions automatiques.

Cet effet de focalisation attentionnelle est encore plus fort si l'observateur est perçu comme imprévisible, ou si le participant se compare à quelqu'un de légèrement plus fort que lui (coaction).

Population

Des étudiants universitaires français (répartis en plusieurs groupes selon les différentes expériences de l'article).

Variables

Variables Indépendantes : Le contexte social (Seul vs Face à un public passif prévisible vs Face à un public passif imprévisible vs En coaction avec un partenaire plus fort ou moins fort).

Variables Dependanties : Le score d'interférence au test de Stroop (temps de réaction pour nommer la couleur d'un mot écrit dans une autre couleur) et le score de mémorisation surprise des mots à la fin.

Protocole utilisé

Expérience en laboratoire sur ordinateur :
Condition Contrôle : Le participant passe le test de Stroop classique complètement seul dans la pièce.

Condition "Audience" : Un ou plusieurs observateurs entrent. Dans la version imprévisible, l'observateur se positionne de manière à regarder l'écran et le participant de façon aléatoire, sans que le sujet puisse anticiper son comportement.

Condition "Coaction" : Le participant fait le test juste à côté d'un autre étudiant (un complice). On manipule la comparaison sociale : via un faux pré-test, on fait croire au participant que son voisin est soit légèrement meilleur (comparaison ascendante), soit moins bon (comparaison descendante) que lui.

Tâche finale : Juste après le Stroop, les chercheurs lancent un test de mémoire surprise (reconnaissance des mots).

Outils de mesure

Chronométrage précis des temps de réaction (en millisecondes) sur ordinateur.

Taux d'erreurs au test de Stroop.

Score de mémoire (reconnaissance des mots textuels).

Résultats principaux

La présence d'un public imprévisible ou d'un partenaire légèrement plus fort diminue l'interférence de Stroop (les sujets deviennent meilleurs et plus rapides pour ignorer le piège du mot).

En contrepartie, ces mêmes participants réussissent beaucoup moins bien le test de mémoire surprise : ils ont presque totalement "effacé" les mots de leur esprit.

Conclusions des auteurs

La présence sociale agit comme un puissant filtre attentionnel (l'hypothèse de l'utilisation des indices de Easterbrook). La présence d'autrui pousse le cerveau à rétrécir son focus attentionnel sur ce qui est strictement nécessaire à la tâche (la couleur) et à éliminer totalement les stimuli périphériques automatiques (la lecture du mot).

Limites

L'effet dépend énormément du type de présence : si l'audience est totalement prévisible ou si le partenaire de coaction est perçu comme "trop" inférieur, l'effet de facilitation cognitive disparaît.

L'étude se limite à une tâche de laboratoire très artificielle (le Stroop) ; reste à savoir si ce rétrécissement de l'attention est bénéfique dans la vraie vie sur des tâches complexes qui demandent, au contraire, une attention large.

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